23.05.2008
Bérénice
Le TNB nous offre une belle Bérénice.
Le silence était palpable, l’autre soir, au TNB, pour la représentation de la Bérénice de Racine. Même les nombreux lycéens semblaient impressionnés par cette tragédie où « une action simple » est seulement soutenue, selon les termes même de l’auteur, par « la violence des passions, la beauté des sentiments et l’élégance de l’expression ».
L’accoutrement, le jeu et la diction (beaucoup de vers faux) de Titus (Patrick Catalifo) m’ont quelque peu désarçonné, mais peut-être l’avait-on chargé de représenter l’actualité de la pièce ?
Hormis cela, le texte de Racine m’a semblé bien servi par les acteurs et la mise en scène efficace et dépouillée de Jean-Louis Martinelli.
Marie-Sophie Ferdane excelle dans le rôle de la reine Bérénice. Son jeu et sa voix expriment à merveille la naïveté primesautière de l’amoureuse, parfois cruelle sans le vouloir, la plainte élégiaque de l’amante blessée (Pour jamais ! Ah, seigneur, songez-vous en vous-même / Combien ce mot affreux est cruel quand on aime ? / Dans un mois, dans un an comment souffrirons-nous , / Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? / Que le jour recommence et que le jour finisse / Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, / Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?), la force d’âme de la femme et de la reine qui rappelle Titus et Antiochus au soin de leur gloire et les persuade de vivre dans le renoncement, comme elle.
Si j’en juge par ceux qui m’entouraient et par moi-même, la poésie de Racine, servie par de tels interprètes, n’a pas fini de nous toucher.
23:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, racine, bérénice, comédie française, rennes, tnb, soirée
28.04.2008
Un oeuf et des citrons
Un œuf et des citrons, tel a été mon menu cinématographique pour la fin de semaine passée. On en redemanderait.
Samedi soir : Les citronniers[1] d’Eran Riklis, un cinéaste israélien avec la fabuleuse Hiam Abbass, actrice palestinienne née en Israël comme elle se définit (voir les articles récents du Monde et de Libération).
Ce film est une fable ou un conte sauf que, comme le dit un personnage : « Il n’y a que dans les films américains que les histoires se terminent bien ».
Le « prétexte » est très ordinaire : un verger de citronniers, situé en Cisjordanie, sur la ligne de démarcation, gênerait la sécurité du Ministre israélien de la Défense, voisin de la propriétaire, une veuve palestinienne.
Il y aurait de quoi en faire des tonnes mais le film sait être léger et grave. Il y a des cris, de la fureur mais aussi des doutes, de la pudeur, rien de simpliste.
Cette femme et son verger sont enfermés chez eux et obligés de subir la force de l’occupant, comme le peuple palestinien. Mais, comme femme, Salma, l’héroïne, est également enfermée dans le carcan de la tradition, de la domination masculine.
Une fable acidulée, donc, comme la saveur du citron.
Dimanche soir : Yumurta[2] (l’œuf, en turc) de Semih Kapanoglu. Il s’agit ici d’un cheminement intérieur, du parcours d’un quadragénaire qui retrouve son village natal (une petite ville, plutôt), dans l’Est de la Turquie, après le décès de sa mère.
Les personnages sont plutôt des taiseux et le temps s’écoule avec une lenteur toute orientale. Kapanoglu se dit admirateur de Bresson et on le comprend : l’essentiel dans son film est à voir ou à deviner, il n’est pas dit.
Le film nous donne donc à voir la complexité attachante de ce grand pays qu’est la Turquie, d’Istanbul l’occidentale à Tire, la petite ville, et aux villages que nous découvrons. Mélange de modernisme et de conservatisme, voire de traditionalisme ou d’obscurantisme (le sacrifice d’un bélier) dans l’habillement, le comportement alimentaire, les relations sociales ou le rapport au religieux...
Un film qu’on aurait envie de savourer entre amis, un verre de raki (ou de thé) à la main avec, à la portée, un plateau de meze. Et, pourquoi pas , un rêve de narguilé ?
23:01 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, israël, turquie, modernisme, traditionnalisme, palestiniens, istanbul
20.04.2008
Césaire toujours vivant
Jeune professeur en Afrique, j'ai découvert l'oeuvre de Césaire : un choc.
A l'annonce de la disparition de celui qui siégea longtemps sur les bancs socialistes à l'Assemblée après sa rupture avec le PC en 1956, j'ai confié l'hommage que vous lirez ci-dessous à Ouest-France. Peut-être le publiera-t-il un jour ?
Bonne lecture
Césaire vivant !
La République avait manqué l’hommage à Senghor, réjouissons-nous qu’elle rende hommage à Césaire et tant pis si certains qui s’étaient vu refuser sa porte pour cause de loi sur les supposés bienfaits de la colonisation ne versent que des larmes de crocodile.
Avec ses amis, Senghor et Damas, dans les années 30, il avait relevé, dans la fange où certains l’avaient jeté, le mot de « nègre » et, débarrassé de sa gangue, il en avait fait un joyau et un étendard.
Sa poésie, son théâtre et ses essais ont illustré la langue française et l’ont ressourcée au grand vent du large caribéen.
Sa pensée a nourri la réflexion et l’action de ceux qu’on appelait autrefois les tiers-mondistes et qu’on qualifierait aujourd’hui de défenseurs des droits de l’Homme.
Ce ne sont pas seulement sa famille, la Martinique, les Antilles, l’Afrique ou le peuple noir qui sont en deuil mais tous ceux qui pensent que la dignité de l’Homme ne se divise pas.
Qu’il repose au Panthéon ou ailleurs, sa voix et sa pensée resteront fécondes.
22:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, césaire, afrique, antilles, négritude, politique, sarkozy


